Expressions gasconnes


EXPRESSIONS GASCONNES

 

Bien que le Béarn fasse partie entière de la Gascogne, j’ai choisi de citer ici des expressions gasconnes séparé de notre province pour l’occasion, essentiellement car j’ai commencé à travailler depuis longtemps sur des expressions béarnaises, et écrit conséquemment des pages sur ces recherches, résumées dans ce blog, à cet emplacement
carta_gasconha Faut-il le rappeler, la Gascogne forme grosso-modo un triangle dont la pointe se trouverait dans la pointe médocaine. La base est figurée par les Pyrénées jusqu’au col de Port en Ariège et les côtés par la Garonne (bien qu’elle soit franchie par les limites, au niveau de Toulouse)et l’Océan Atlantique (hors côte et pays basque). Les provinces suivantes la composent par ordre alphabétique :  Albret, Ariège (Comminges, Couserans), Armagnac, Astarac, Bassin d’Arcachon (Buch), Béarn, Bigorre, Chalosse, Côte d’Argent, Gers, Gironde avec Bordeaux, Grandes Landes, Lomagne, Marensin, Médoc, Pays de Born, Pays de Gosse, Savès, Sud de la Haute-Garonne, Toulouse, rive gauche de la Garonne, Tursan.

De l’intérêt des expressions :
Dans toutes les langues, les expressions allègent la phrase, lui apportent de l’oxygène et du piquant. Il en est de même en Gascogne. Elles relient les différentes périodes de l’histoire de cette langue ; l’ancien y côtoyant le plus récent.   Locutions et proverbes peuvent en faire partie.     
Tout d’abord, les expressions font la part belle au bon sens, qui semble s’amenuiser pour les nouvelles générations. Elles rappellent des vérités basiques qui se rattachent à des lapalissades : Ploja o calor, tostemps que cau l’apric (qu’il pleuve ou qu’il fasse chaud, il faut toujours s’abriter) ; Que vau miélher un pinsan a la man qu’ua grua au cèu (il vaut mieux un pinson à la main, qu’une grue au ciel).  En d’autres termes, un tien vaut mieux que deux tu l’auras. /   Quan las huelhas son cadudas, los nids que paréishen (quand les feuilles sont tombées, les nids paraissent)   -tout finit par se savoir, l’habit ne fait pas le moine  –  
Les expressions avertissent, conseillent le locuteur et le lecteur, souvent en faisant des comparaisons directes ou indirectes. Elles prennent la forme de proverbes en rimant pour que l’idée ou le concept de base soit mieux intégré dans les esprits. Elles sont souvent comprises dans des métaphores en général issues du monde agricole ou de la nature. Elles contiennent souvent des sous-entendus qu’il faut lire entre les lignes, soit au sens figuré.   Qu’a un plap de soja negra dessús (il a une tache noire sur lui) -il a commis une faute, il a un crime sur la conscience-           
L’ironie est très présente, conséquente de l’état d’esprit gascon, tout comme la force de l’autodérision. Cette ironie peut prendre toute la place pour parfois se suffire à elle-même, tel …Seriós com un as de pica  …  (sérieux comme un as de pique) Aqueth cotèth que talha desempuish l’aiga dinc au sable … (ce couteau coupe depuis l’eau jusqu’au sable) ou bien  Que talha com los meis jolhs. (il taille comme mes genoux) -il ne taille pas du tout-    Parfois l’image est osée pour mieux en faire ressortir le sens caché.        
Curiós com un pòt de crampa espotringlat (curieux comme un pot de chambre ébréché
Plusieurs d’entre elles se déclinent sous la forme d’un dialogue, en général au détriment de celui qui questionne. « Entà qu’es aquò ? – Entà har parlar los pècs e har arríder los sages» -en réponse à quelqu’un de trop curieux-   (c’est pourquoi faire çà ? – Pour faire parler les imbéciles et faire rire les sages)     ou bien : « Quin atge as ?  – Vint ans ! – Oh ! e los de titar-popar ».   -se dit lorsqu’une personne ne veut pas avouer son âge réel- (Quel âge as-tu ? – vingt ans ! – Oh! plus celui de têter...)            
A un vantard, glorieux, il se répond : « Ah ! qu’ètz lo vailet deu haur, que vatz cuélher lo huec a chivau ? »  (Ah! vous êtes le domestique du forgeron, vous allez chercher le feu à cheval ?) –  (Que’u sembla d’estar perro  de Carlamanha ) (il s’imagine qu’il est preux, grand seigneur de Charlemagne)        -dans ce cas, le mot perro est volontairement ambiguë, car il veut dire chien en espagnol-      
« Quau ei mès arriche ?  Aqueth cantaire qu‘a un palai en argent !  – Bòh, jo qu’è ‘t cèu ena boca »  –le contenu ironique de cet échange fictif repose sur la bivalence du mot palai à la fois palais et palais de la bouche-               
Les expressions sur un même sujet se multiplient souvent, comme pour présenter les riches : Qui a bèth chivau a l’escuderia, n’es pas hontós d’anar au pas (celui qui a un beau-bon cheval à l’écurie, n’a pas honte de marcher au pas) ou Que pòt marchar a pè e a chivau  (il peut marcher au pas ou à cheval -selon son envie-) De même que les riches, les orgueilleux ne sont pas ménagés :  Ne’s hica pas la man au cap per un pedolh (il ne met pas sa main sur la tête pour un pou -en parlant d’un orgueilleux qui a fait fortune-)     -il ne s’abaisse pas pour des tâches jugées subalternes-            
On n’oublie pas de jouer avec les mots (synonymes ou homonymes) pour le seul plaisir, sans chercher un sens caché.. encore que…: Quan gahan un gai, que’n gahan dus (quand on attrape un geai, on en attrape deux ) -le mot gai signifiant à la fois le geai et la joie-. L’humour s’instille presque toujours en filigrane.
Parfois on y constate  le goût du détail, la finesse de la comparaison.
L’exagération est très fréquente : Que minjaré dab la mort aus pòts (il mangerait avec la mort aux lèvres) ; Har móler los dus molins (faire moudre les deux moulins -manger avec avidité des deux mâchoires-)  ..  Balhar un lavament dab tachetas ( donner un lavement avec des clous pour les sabots -tirer un coup de fusil- ) Trucar dab lo cap d’ua shardina sus l’enclumi deu haur (taper avec la tête d’une sardine sur l’enclume du forgeron -exprime une action complètement débile-.)
Se tirar lo vènte lunh de l’esquia  (soulever-gonfler son ventre loin de l’échine– se rassasier, faire bombance)  Balhar un còp de coshinèra  (literie) est plus élégant que dire aller faire la sieste  
A l’occasion on crée des néologismes, permis par la plasticité de cette langue. Celui-ci est optimiste : N’i a pas nat perrachàs  qui ne tròbi son esclopichàs il n’y a pas de gros pied qui ne trouve -parvint à trouver- son gros sabot) … ou qui qu’on soit, qui qu’on soit, on ne peut manquer de trouver sa moitié, son double !  Par contre la suivante qu’on pourrait juger équivalente n’a pas du tout le même sens : Ne i a pas jamei l’esclòp que non sia lo pè   (il n’y a jamais de sabot sans pied) celle-ci signifiant à charge de revanche.. tu auras le retour du bâton. 
Certaines expressions sont empreintes de poésie : estar com un crèc sus ua jauga (être comme le traquet (oiseau) sur un jonc.)  Ce qui n’empêche pas l’ambiguité de la lecture. On peut voir cette expression comme l’équivalent de faire le beau, ou bien être sur le qui-vive, en quart d’œil, aux aguets. L’un n’empêchant pas l’autre d’ailleurs. Il est très courant qu’un seul mot quel qu’il soit dans n’importe quelle langue porte en lui-même potentiellement plusieurs valences de sens, jusqu’à la contradiction dans des cas limites, ce qu’on peut retrouver dans le gascon.
Les comparaisons sont légion : Que cau préner lo drap suvant la lisièra e la hilha suvant la mair  -si la bordure est bonne, le drap sera bon, de même pour le couple mère-fille-  
Les jugements sur des personnes peuvent prendre un tour acerbe. Après les riches et les orgueilleux, les fainéants ne sont pas ménagés :
Lo qui’s bota sus un chaminau, arré ne vau (celui qui se met sur un chenet spécial au haut arrondi -pour se réchauffer agréablement-, ne vaut rien.)
Se forcerà pas la vea petèra  (il ne se forcera pas la veine du cul)       
Qu’aima tant lo tribalh, de fòrça qui l’aima,  que s’i seiré dessús   (il aime tant le travail, qu’il s’assoierait dessus)    Ne’s muda pas mei qu’un pòrc qui’s hrega  (il ne bouge – se déplace- pas plus qu’un porc qui se frotte) -imagé-              
Les hypocrites ne sont pas non plus épargnés :            
L’òmi faus quan ditz Jan, que cau enténer Martin  (quand l’homme faux-hypocrite dit Jean, il faut entendre Martin)  -il faut prendre le contre-pied de ce qu’il dit-
Les exploiteurs souvent confondus avec les avares, ne sont pas oubliés : Cau que sia ras on non pòt pas pàisher (il faut -vraiment- que l’herbe soit rasée pour qu’il n’aille pas y paître) -se dit d’un exploiteur qui sait ou qui essaie de tirer parti de tout-        
Il faut parfois passer par plusieurs étapes de compréhension : Qu’a hicat la micha a la caudèira →  -il a mis la  miche sur la chaudière → il a enfoncé le béret dans sa tête- → il est prêt à faire du rentre-dedans            
Le seul petit mot de « mat » dévoile un monde à lui tout seul.  C’est la partie du sillon où l’on jette la semence ; il s’agit d’une multiplication de réceptacles aléatoires. C’est l’électron libre de la physique quantique… il y a des probabilités qu’il soit ici ou là.. . Dans cette configuration il y a des endroits plus faibles que d’autres, où le grain est plus susceptible d’être la proie des vers selon son emplacement, ce que traduit ainsi l’expression : lo vèrmi que sap trobar lo mat ; que i  a mei d’un mat delong la cau (le ver sait trouver le « mat » car il y a plus d’un « mat » tout au long du sillon.) Sur le nombre il y a forcément un point faible, un maillon faible. On pourrait étendre cette expression à « les gens malins (représentés par les vers) savent trouver le point faible chez autrui ». Celui qui jette le grain dans le sillon agit aussi « au petit bonheur la chance ».

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